Je suis né à Montréal, le 25 mai 1957, dans le quartier de Rosemont, à l’âge du Spoutnik — un temps où l’humanité levait la tête vers les étoiles, sans savoir que je m’apprêtais à débarquer sur Terre.

Mes parents, Xavier Ramette et Jacqueline Daigneault, mariés depuis 1955, accueillirent avec joie ce premier enfant.
Mon père, toujours tiré à quatre épingles, célébra ma naissance en s’offrant un costume flambant neuf. Je n’étais pas encore né que déjà il voulait être élégant pour me souhaiter la bienvenue.

À cette époque, le Québec vivait sous la férule conservatrice de Maurice Duplessis, qui mourrait en 1959. De l’autre côté de l’Atlantique, la France était encore guidée par le général de Gaulle, sur le point d’instaurer une nouvelle constitution : la future Ve République.

Puis, en 1960, Jean Lesage lança son fameux « Désormais », ouvrant les portes de la Révolution tranquille. Le Québec émergeait enfin de l’ombre duplessiste.


Premier voyage en France

Pendant que le monde tremblait, moi, paisiblement installé dans mon landau, j’étais prêt pour mon premier voyage en France. Il reste de cette traversée une photo de moi sur les plages de Normandie, indifférent aux vagues comme aux soubresauts de l’histoire.

Quatre ans plus tard, en 1960, ma sœur Fabienne vint agrandir notre petite famille de la 5e Avenue à Rosemont.
Elle partit ensuite — je n’ai jamais trop su quand — vivre six mois en France et revint avec un accent délicieux, digne d’un film de la Nouvelle Vague.


Le clan Daigneault, une tribu francophile

La francophilie coulait dans nos veines : deux de mes tantes, Clémence et Brigitte, épousèrent des Français “importés”, Michel Roland et Lotte. Ma tante Madeleine fit exception en épousant David Nassif, Libanais né au Québec, avec qui elle eut six magnifiques enfants — sans doute le mariage le plus heureux du clan Daigneault.
La seule divorcée fut ma mère.

Cet amour de l’accent français vient probablement des religieuses de l’orphelinat où ma mère et ses sœurs furent élevées. L’empreinte était restée.


Expo 67 : ma naissance au monde

En 1967, je découvris l’une des expositions universelles les plus réussies de l’histoire : Expo 67, visitée par plus de 50 millions de personnes. J’y fus ébloui par l’architecture audacieuse des pavillons — un premier pas vers ce qui allait faire de moi un citoyen du monde.

Mon père, policier, y servait de garde du corps pour diverses célébrités. Il me rapporta un portefeuille en peau de lézard, souvenir prétendument offert par Hailé Sélassié, l’empereur d’Éthiopie.
Le thème « Terre des hommes », tiré du livre de Saint-Exupéry, me toucha profondément : une célébration de la solidarité humaine.


Retour aux sources

Curieusement, quarante ans plus tard, mon ami d’enfance Jean-Pierre Langlais — véritable frère manquant, lui aussi hybride franco-québécois — habita une grande maison sur la 1re Avenue de Rosemont, tout près de mon berceau d’origine. Comme un clin d’œil de la vie.


1967 : Paris, la terre des ancêtres

Cette même année, à dix ans, mon père me mit dans un avion à l’aéroport de Dorval (aujourd’hui Trudeau), direction Paris. Pendant le vol, faute d’argent pour des écouteurs, je fis sans — la bande-son de ce premier grand voyage resta donc silencieuse.
Je me souviens avoir voyagé avec Claudine Aucuit et sa sœur, voisines de mes grands-parents de Sèvres, rue Jean-Jaurès.

Arrivé en France, je posai le pied sur la terre de mes ancêtres avec une émotion que je ressens encore. J’y vécus trois mois merveilleux, guidé par ma grand-mère Julia.
Il faut la comprendre : avec Fabienne et moi, elle n’avait que deux petits-enfants. Elle nous couvrit d’amour, et Paris devint, pour un temps, notre royaume.